12 février 2009

           78 kilomètres

            ¤Geraldine-Pleasant point-Fairlie¤

 

Ce matin impossible de me lever avant onze heures, le temps est vraiment triste. Il a plu toute la nuit. Notre dernière soirée hier a été bien arrosée, jusqu’à un 1h30 du matin. Peter m’a offert un grand brie un peu trop vieux pour lui, mais parfait pour le français que je suis. Je déjeune une dernière fois avec Peter ce midi, il pleut des cordes, mais je sens que c’est moment de partir, je ne veux pas m’imposer trop longtemps chez lui, il a déjà été très gentil avec moi. Je déteste pédaler sous la pluie. Après un dernier saut à la bibliothèque je repars sur la route, en fin d’après midi, direction Fairlie, en passant par Pleasant point. Gros,détour mais beaucoup moins vallonné. J’avale les kilomètres, caché son mon poncho, dans le froid, moins de 10°C. La route est quasi déserte, il fait déjà sombre. Mes pieds et mains sont frigorifiés, j’arrive à peine à sentir mes pouces et changer les vitesses. Sentiment de solitude. A Pleasant point, j’avale une pie en vitesse et reprends la
route pour terminer les derniers 44 kms avant Fairlie, il est six heures du soir. La deuxième partie de la route est plus jolie, je longe des collines sur ma droite et des pâturages sur ma gauche. Le trafic est quasi nul, pas une seule voiture, juste des troupeaux de cerfs qui me suivent tous du regard d’une seule tête et qui s’enfuient dans la même direction parallèlement à moi, dans une bruit impressionnant. Ils sont élevés en Nouvelle Zélande pour la consommation presque exclusive de l’Allemagne. Les moutons également se carapatent comme à leur habitude. Leur comportement est assez amusant, dans la plupart des cas ils broutent paisiblement, entendent ma venue comme un bruit inhabituel, lève la tête brusquement sans la tourner, me regardant en coin. J’imite leur bêlement et c’est la course folle. Il suffit qu’un mouton détale pour que le reste suive sans savoir pourquoi. J’en discute avec tous les cyclistes que je rencontre, je ne suis pas le seul à leur parler, tous le font, je ne suis pas fou.

J’arrive enfin à fairlie, trempé, la pluie a repris de plus belle. Je trouve rapidement un camping, internet gratuit, le seul de Nouvelle Zélande, c’est parfait. Je déplie ma tente sous la pluie et laisse mes sacs étanches sur le vélo. J’avale une casserole de pâtes gigantesque avant de m’abrutir sur internet…

9-10-11 février 2009



            28,25 kilomètres

            ¤Geraldine¤

 

Trois journées passées avec Peter dans sa maison. Je devais me mettre en route plus tôt pour le lac Tekapo mais il a plu sans discontinuer, je n’aurais rien vu.

Le premier jour, lundi, je suis descendu en ville pour aller saluer Faye et Danny, qui tiennent un magasin de poisson. J’avais promis à un vieil homme, le père de Faye, rencontré à Tokoroa dans l’ile nord, d’aller leur rendre visite. Elle n’était pas vraiment étonnée de la situation, son père à l’habitude de traîner en ville et discuter avec des gens. J’ai pris mon déjeuné au passage.

J’ai passé mes journées en compagnie de chien de Peter, ou à la bibliothèque municipale pour internet gratuit, en attendant qu’il rentre du travail. Il fabrique des fromages de toutes sortes dans une petite boutique du centre ville. Auparavant il travaillait en Australie, puis est revenu en Nouvelle Zélande. Il possédait à chaque fois ses propres affaires. Il a soixante ans à présent et profite juste de son temps libre pour faire ce qu’il aime, achever sa maison et faire du vélo.

Le soir nous nous sommes baladés plusieurs fois sur les chemins autour de sa maison avec le chien. Un de ses amis et voisins, Peter lui aussi, a planté tous les arbres et buissons alentours, surtout des essences natives. Il nous a d’ailleurs rejoins un soir pour un tour en vélo, il est très sympa. Il est suisse d’origine et s’est installé ici avec sa femme pour être paysagiste. Sa maison que j’ai eu l’occasion de voir, est posée au milieu d’un petit paradis arboré, avec un toit recouvert d’herbes hautes. Après cette ballade à vélo, Peter a tenu à me présenter un de ses amis, Andrew, qui est enseignant en art et qui aime lui aussi la photo. Il nous a invités dans sa belle maison.

Tout le temps où je suis resté avec lui je n’ai même pas pris la peine de le prendre en photo, je regrette de ne pas garder plus de souvenirs des gens que je rencontre et qui m’accueillent…

8 février 2009



            144 kilomètres 

            ¤Christchurch-Ashburton-Geraldine¤

 

Je me lève très tôt ce matin, après avoir passé la nuit à tapé du pied sur le lit pour faire cesser les ronflements de la fille qui dormait au dessus. Petit déjeuner solide, à 8h je suis prêt à partir, bien décidé à rallier Geraldine dans la journée, théoriquement à 135 kms de Christchurch. Les casses de ces derniers jours commencent à passablement me lasser, je pars avec un peu d’appréhension. En repassant à Middleton, je prends bien soin de m’écarter des bouts de verres toujours présents sur la route, maculés de caoutchouc liquide. La météo annonce 34°C à l’ombre. J’emprunte la highway 1, trop fréquentée mais l’avantage est qu’il y a une large bande d’arrêt d’urgence en comparaison avec les plus petites routes. Le vent souffle en ma faveur, à peu prêt 20 km/h. je me cale sur une allure de 25 km/h jusqu’à Rakia, à 75 kms environ. Pas de paysages intéressants, c’est plat et c’est droit.

Je fais une halte au marché de Rakia. C’est une toute petite ville de passage pour touristes. Plus à l’est, près de la mer, on peut y visiter des gorges. Aujourd’hui il y a un marché sur la place. Je repars avec un petit pot de miel d’avocat d’un apiculteur local. Très bon.

Je déborde d’énergie aujourd’hui, je repars de plus belle pour atteindre rapidement Ashburton. Je suis bien content d’être loin de Christchurch où j’ai passé plus de temps que prévu, reculant énormément dans mon planning global. Un peu plus loin je sens quelque chose de bizarre à l’arrière, ma roue est tout d’un coup fortement voilée. Encore un rayon. Je m’arrête pour vérifier. Le réparateur m’avait dit que ce n’était pas courant, il vient juste de la rééquilibrer. Bref. Je ne comprends pas vraiment pourquoi ça ne m’est pas arrivé dans l’île nord avec tout le poids qui était concentré sur la roue arrière.

Je m’arrête sur une aire pour réparer, furieux. Je ne suis pas assez outillé. Inquiétude. Je retire tous mes sacs, sors mes rayons de secours, décroche la remorque et retire le pneu. Heureusement le rayon cassé se trouve du côté opposé aux pignons, ce qui laisse une possibilité. En essayant d’enfiler le rayon ça ne passe pas, les pignons gênent quand même. Je sors ma clé de 15. Une clé de 16 est nécessaire… Je tente de tordre le rayon pour le faire passer, et ça marche de justesse, mais il est trop court. Je le visse avec peine, 3mm plus court, et j’étais bon pour faire du stop. Je suis passé au bord du découragement un moment, pensant sérieusement à ne pas retourner jusqu’à Auckland. Je n’ai pas envie de supporter des casses à répétitions onéreuses.

Après avoir plutôt bien dévoilé la roue, je repars encore plus déterminer à en finir pour la journée. J’entretiens une vitesse de 30 km/h jusqu’au kilomètre 115, avant la jonction qui mène à Geraldine. D’un coup la fatigue tombe, et je n’arrive plus à avancer, je tourne au ralenti. Le vent tourne et me fait face maintenant, le fond de l’air est terriblement chaud et j’ai presque fini mes 5 litres d’eau. Un panneau indique Geraldine. Le total sera bizarrement de 145 kms.

J’arrive en fin d’après midi, sur les rotules. Peter ne répond pas à mon message, alors j’attends devant les boutiques fermées, nous sommes dimanche soir. Je me prends une glace énorme pour me remonter et rentre dans une boutique de décoration ouverte. Je tente ma chance avec la vendeuse en lui demandant si elle connait Peter Graham. Bien sur me répond-elle ! Il m’avait dit que tout le monde se connaissait ici, malgré les 2500 habitants. Elle lui téléphone pour savoir son adresse. Elle m’indique les hauteurs de Geraldine, sur une colline. Je me remets en selle mais je suis trop fatigué, alors je pousse mon vélo. Je rencontre Peter sur le chemin, il revient lui aussi d’une longue balade à vélo. Il me fait entrer dans sa maison en cours de construction, c’est immense. Son terrain fait 5 hectares, avec des moutons pour tondre. La vue est imprenable, sur les montagnes. Je plante la tente dans le jardin, les chambres n’étant pas terminées. Il m’annonce qu’on est invités illico chez les voisins pour diner, je suis le bienvenu. Par chance j’avais pensé à une bouteille de vin.

Nous sommes reçus par Helen et Bill, dans une maison immense. Le quartier privé, de 5 maisons, surplombe Geraldine et est entouré de chemin de randonnées. Le diner se passe bien, l’alcool monte vite. Helen a tout préparé au barbecue, légumes et viande. C’est relaxant, j’en avais besoin.

Un peu plus tard, à la tombée de la nuit, nous allons nourrir les moutons, elle m’explique la différence entre les espèces à viande et à laine. J’aurai surement oublié demain avec tout ce que j’ai bu…

7 février 2009



            ¤Christchurch¤

 

Ce matin réveil très tôt pour aller chercher mes pneus, heureusement le magasin en a une paire. 100 dollars c’est beaucoup mais en regardant dans les autres magasins, je ne le trouve pas à moins de 75 dollars l’unité. C’est Peter qui m’a conseillé de venir ici.

Je file à la bibliothèque pour aller sur internet. J’ai déjà reçu un mail de Tony Bridges : « merci de m’écrire. S’il vous plait recontactez-moi à la fin de votre trip pour que l’on puisse discuter plus sérieusement ». Je lui avais bien mentionné que je cherchais un poste d’assistant. Tout ça me met de bonne humeur.

En ressortant je rejoins Damien et Estelle au Dux de Lux, un bar à la mode de Christchurch, je paie mon coup pour les remercier du dépannage d’hier. Un groupe joue ce soir, plutôt rock, pas trop mal.

Je leur dis au revoir, en espérant ne pas faire demi-tour à nouveau…

6 février 2009


            7,34 kilomètres  

            ¤Christchurch-Middleton-Christchurch¤

 

Aujourd’hui c’est fête nationale. Le pays célèbre le pacte conclut jadis entre blancs et Maoris. Du coup hier soir, ça a été un festival de cris, de hurlements biereux, de crissements de pneus,  jusqu’à 4h du matin. Quelle jeunesse énergique et enthousiaste. Impossible de dormir donc, j’ai passé la nuit à discuter dans le noir avec la petite allemande qui dormait au dessus de moi, j’entends par là sur le lit du dessus…impossible de me lever à 6h ce matin, complètement épuisé. Je me décide à partir vers 10h, en route pour Geraldine. Peter m’attend le soir même. Il fait beau, un soleil radieux. Il n’y a pas beaucoup de voitures, tous en train de cuver quelque part. Je traverse deux trois petites villes de banlieues, PAN ! Pneu arrière explosé, coupé net par un morceau de verre (de bière évidemment) déposé soigneusement par un automobiliste. Je ne compte plus les bouteilles cassées en bord de routes de campagnes ou urbaines, ce qui signifie que des gens dans ce pays ont pour habitude de boire en conduisant. Comment puis-je toujours être vivant avec le temps que je passe à rouler ? Ça m’écœure. Rappelons au passage que mon pneu top qualité (donc onéreux) était neuf, seulement sept kilomètres. Le caoutchouc liquide anti-crevaison contenu à l’intérieur de la chambre à air, étalé sur le bitume, en souvenir. Je garde mon calme, j’essaie surtout d’y voir un signe positif. Peut-être qu’une force extérieure cherche à me garder à Christchurch, aurais-je rendez-vous avec ma destinée ?

Pour l’instant le rendez-vous ce sera avec le magasin de vélo. Je devrais même acheter un ou deux vélos de secours et les attacher à l’arrière au cas où. Je mets vite de côté la solution rustine, puisque inutile en cas de ravage. Pour me détendre j’envoie un texto à Damien et Estelle en leur annonçant qu’on va pouvoir se faire une plage finalement. Ils me proposent tout de suite de venir me chercher, c’est adorable. Ils ne sont pas très loin, en 20 minutes ils arrivent, chargent le tout dans leur van, et direction case départ. A ma nouvelle auberge, je leur prépare à déjeuner, on rigole de mes petits malheurs. J’aurai au moins des choses à raconter à mes petits enfants sur les genoux au coin du feu.

L’après midi, il y a des attractions organisées un peu partout dans le centre ville, des danses et chants Maoris, dont le Haka. Fin de journée à la plage de New Brighton pour mon premier bain de mer Néo-Zélandais. Damien est Estelle y ont trouvé un petit studio dans une maison de français.

De retour à l’auberge, je me mets sur mon ordinateur pour travailler. Rien. Le vide complet. Impossible de l’allumer, je commence à m’inquiéter, il m’est indispensable. Un américain assis pas loin de moi regarde un peu et arrive à l’allumer. Soulagement.

5 février 2009



            Voiture de location

            ¤Akaroa-Christchurch¤

 

Après un petit déjeuné avec vue sur la baie, je quitte Céline pour rentrer sur Christchurch. En route je m’attarde sur les collines pour prendre des photos, mais le temps est très couvert.

Avant de rendre la voiture je passe prendre mon vélo et je me réserve une chambre en centre ville.

Le soir je rejoins Damien et Estelle, rencontrés à ma première auberge de Christchurch. Petit resto bien gras bon marché et balade à un grand concert de musique classique en plein air au jardin botanique. Fina à coup de feu d’artifice. Je m’entends bien avec eux. Ils se sont rencontrés à leur précédent tour d’Australie respectifs et voyagent maintenant ensemble.

Je ne rentre pas trop tard, j’ai prévu de faire la distance Christchurch-Geraldine dans la journée, soit 135 kms.

4 février 2009



            Voiture de location

            ¤Akaroa¤

 

Ce matin réveil blanc, la tête dans les nuages, je redescends à Akaroa pour prendre mon petit déjeuné. La journée s’annonce grise. J’en profite pour passer du temps à la bibliothèque pour traduire mon CV en anglais et l’envoyer à MagicMemories pour peut-être travailler cet hiver à Hanmer Springs dans les piscines chaudes. Le manager avait l’air intéressé. Je recroise Céline, une française que j’ai rencontré au même endroit à ma première venue à Akaroa. Rendez-vous le soir pour un verre. Entre-temps en consultant mes mails, je reçois un message de la police de Rangiora m’informant que le conducteur qui a fait un démarrage dangereux près de moi s’est fait confisqué sa voiture pour un mois après voir été attrapé pour le même comportement.

En ressortant je remarque un petit marché en face du port. Plusieurs stands vendent bijoux ou photos. Sur l’un d’eux je m’arrête pour discuter avec une photographe, Roseann Cameron. Elle expose et vend ses clichés de roses et de paysages. Elle est très gentille. Elle m’explique les meilleurs endroits à photographier en Nouvelle-Zélande et quelles saisons offrent les plus belles lumières. Je lui demande à tout hasard si elle a besoin d’un assistant. Elle me dit que non mais qu’elle l’a été pour un photographe de paysages à Christchurch, Tony Bridges. Il cherche probablement quelqu’un, elle me donne sa carte.

Un peu plus tard je rejoins Céline. Elle m’explique de façon assez directe qu’elle m’inviterait bien chez elle mais que ça n’ouvrirait pas d’autres portes, disons sexuelles… ça détend l’atmosphère. Elle habite une petite maison en collocation, au bord de la baie avec vue sur la montagne. Point de vue idéal pour prendre le petit déjeuner demain matin. Elle me propose donc son lit de secours, plus confortable que le siège de ma voiture.

3 février 2009



            Voiture de location  

            ¤Akaroa¤

 

Nuit courte, le réveil sonne à 5H30 dans ma voiture gelée, j’ai mal dormi, mal assis. Levé de soleil pas extraordinaire, le vent glacé souffle fort. Les moutons peureux m’observent de loin. Certains semblent avoir été oubliés, ressemblant à des grosses pelotes de laine sur pattes. Je redescends dans la ville déserte. Je croise par hasard Nella, une allemande rencontré à l’auberge de Nelson.

Le temps se dégage vers midi, j’entreprends la route scénique qui suit les sommets tout autour du cirque de la péninsule de Banks. Il y a très longtemps, c’était un très haut volcan que la mer et le vent ont érodés, formant ainsi cette péninsule ronde en forme de cratère. Les cartes postales montrent un paysage hivernal vert profond, tacheté d’arbres plus sombres. L’été les hautes herbes jaunissent au soleil, seul la couleur des arbres persiste. La vue est tout de même grandiose.

Le soir je remonte sur ma montagne pour dormir. Le ciel est très nuageux, les couleurs sombres. Je lis depuis quelques jours un  livre que j’ai trouvé dans l’auberge de Christchurch, « Le syndrome du Titanic », de Nicolas Hulot. J’ignorais qu’il avait écrit. J’achève de le dévorer, livre à la fois optimiste et inquiétant, résumant avec objectivité et sans violence la destruction de l’environnement par les hommes, comme il le dit à plusieurs reprises ; l’homme scie la branche sur laquelle il est assis. Je repense à ses passages durant la journée, ça résonne particulièrement en moi.

En reposant le livre, le ciel sombre se colore de rouge.

2 février 2009



            Voiture de location 

            ¤Christchurch-Akaroa¤

 

Hier dimanche, après avoir été à la bi bibliothèque, j’ai croise Laura, une allemande que j’avais rencontré à l’auberge de Wellington, et qui avait passé noël avec nous à Nelson avec son copain. Elle se promenait comme moi dans les rues de Christchurch pendant le festival comique. Nous avons passé l’après-midi et la soirée ensemble à flâner au jardin botanique. Dans la journée je me suis décidé à louer une voiture pour retourner à Akaroa, en espérant que le temps soit meilleur. J’ai eu un bon prix, quarante cinq euros pour trois jours…

Ce matin donc je me prépare tranquillement à l’auberge, la même qu’il y a une semaine. J’attends la voiture de location, presque une heure de retard, le type arrive tout sourire, pas d’excuses, c’est relax la Nouvelle Zélande. Il m’emmène dans une véritable poubelle, à la réception près de l’aéroport. Pendant le trajet je demande quel genre de voiture j’aurai, il m’assure que ce ne sera pas celle-là, c’est un véhicule de courtoisie, ouf ! Les papiers remplis, on me présente mon carrosse, la même voiture qui m’a traîné jusqu’ici…une Ford Festina, sorte de Lada moderne, rayée de partout, avec des traces de mastic sur la carrosserie. La jauge d’essence est remplie au quart, et le coffre vient d’une vieille Mazda de couleur différente, il y a encore le prix et le code du ferrailleur inscrits dessus. Je ne dis rien, blazé, je pars heureux avec mon piège à filles. J’arrive à Akaroa en moins d’une heure, je m’aventure dans quelques chemins qui mènent au sommet des collines et qui offriraient une vue magnifique si il ne faisait pas si gris et triste. En prenant de l’essence, le pompiste se paie ma tête avec ses collègues en voyant ma voiture et le nom de la compagnie sur la vitre, « Quality ».

Je me décide à explorer la route des sommets qui surplombe la péninsule, mini chaîne de montagnes qui entoure Akaroa. La voiture peine dans les montées, je reste en seconde. J’aperçois une petite maison au bout d’un chemin en contrebas, perdue sur une petite colline avec une vue spectaculaire sur Long Bay, donnant sur le pacifique sud. C’est en fait une petite retraite, auberge tranquille pour voyageurs en quête de calme. Darryl m’accueil, assis sur le balcon avec son chien. Tout est si calme, deux personnes lisent dans le salon, ça ressemble à une maison de campagne. Le chat allongé à dix centimètres du poêle à bois ouvre avec difficulté un œil quand j’entre. Je le caresse, il roule sur le dos pour m’offrir son ventre chaud. J’aimerais rester cette nuit, l’endroit me plaît, mais j’ai prévu de dormir dans la voiture, et puis être dans un lit bien chaud rend difficile le levé à 5H30. Je me gare pas trop loin, sur la crête, avec la vue à la fois sur l’océan et le cirque d’Akaroa. Il fait trop gris pour la photo ce soir, je m’installe quand même pour dormir, sur le siège incliné, entouré de moutons.

30-31 janvier 2009



            21 kilomètres  

            ¤Onuku farm-Christchurch¤

 

30/01: Ce matin je me suis motivé à me lever à cinq heure et demi du matin pour voir le soleil se lever. Réveil difficile, pâteux. Après un petit déjeuné embué, au chaud dans mon duvet, j’enfourche mon vélo pour descendre avec la plaisir la route qui m’a donné tant de mal la veille. La lumière est douce, tout est calme à part le coq qui s’égosille pour réveiller la vallée toute entière. Les moutons noirs sont revenus brouter près de la route, cette fois ils m’ignorent. Je m’arrête près d’eux et sors mon appareil, quelques nuages longs et lisses sont posés délicatement sur les sommets, comme un pizzaiolo qui fait voler la pate au bout de ses doigts. La lumière chaude commence à illuminer les montagnes et glisser vers leur base. La couleur rose éphémère du ciel laisse place à un bleu pastel. La mer est d’huile. Je descends rapidement vers le bord de l’eau. Je m’installe pour prendre des panoramas.

Plus tard je rejoins Akaroa, personne dans les rues, il est sept heure du matin. Je longe la rue principale qui n’est pas très longue. Les maisons sont de style britannique mais les rues portent des noms français. Cette péninsule à d’abord été française avant d’être vendue pour une bouchée de pain à l’Angleterre.

Les cafés commencent à ouvrir, la vie s’installe. Je passe ma journée à flâner.

En fin d’après-midi je traîne mes guêtres sur le ponton des pêcheurs et tombe sur un bateau qui rentre juste de sa pêche. Ils préparent des sandwiches de poisson frais grillé avec un zest de citron. J’en déguste un en faisant connaissance avec un voyageur italien qui a atterri ici et qui n’en a pas décollé depuis deux mois.

En repartant, alors que je roule doucement, j’entends un bruit sec. Avant de regarder, je comprends que la série continue et qu’une nouvelle galère est arrivée. Un rayon a lâché sur ma roue arrière neuve, elle se voile au fur et à mesure que j’avance. Obligé de rentrer en poussant à nouveau. Demain je serai contraint de réserver un bus pour retourner à Christchurch.

Je rentre très inquiet à la ferme. Avec toutes ces casses qui se succèdent, je ne vois pas très bien comment gérer la situation à l’avenir. Renoncer me vient à l’esprit mais j’ai du mal à le concevoir. Peut-être faudrait-il que je revende mon vélo pour acheter un tout-terrain…

Arrivé à la ferme, je me fais à diner, inquiet et morose, je voulais rester ici quelques jours. A la table je discute avec un couple de français qui viennent de Marseille, Julien et Laetitia. Ils voyagent en van, et sachant l’état de mon vélo me proposent immédiatement de me déposer à Christchurch avec tout mon matériel. J’accepte avec soulagement, un souci de moins à gérer…

31/01 : Je me lève un peu découragé. Je pensais me réveiller encore tôt pour profiter de ma dernière matinée et prendre des photos. Impossible de sortir de la douce chaleur de mon duvet. Je regrette, le temps est magnifique. Je range rapidement mes affaires et attends que Laetitia et Julien se préparent à partir.

Je quitte Akaroa déçu. La route se fait si vite en voiture, c’est aussi agréable de voyager confortablement. On discute de leur tour du monde, de l’Inde, d’Asie…

Deux heures plus tard, longue discussion avec un réparateur de vélo qui m’assure qu’un tout-terrain ne sera pas moins sujet à problèmes, tout se joue au niveau de la tension des rayons. Je décide de faire réparer le rayon et d’en emporter une paire de rechange. Il me dit que ça arrive assez rarement, c’est juste de la malchance, surtout sur une roue neuve.

Je repars soulagé de ne pas à avoir à racheter un vélo couteux.

En me baladant, je m’arrête devant un cinéma d’art et essai, ils passent « Man on wire », l’histoire de Philippe Petit, un funambule français qui en 1974 à tendu un fil illégalement entre les deux toits des tours du World Trade Center tout juste construit. Un documentaire magnifique et vertigineux d’un homme qui n’avait que cette idée en tête. Ça m’a donné des frissons. Ça m’a conforté sur le l’idée qu’il ne faut jamais abandonner le but qu’on s’est fixé, que le matériel n’est rien face à la volonté.